Mensonge, pouvoir : et si nous remettions le langage corporel à sa juste place ?

Avant toute chose, je souhaite vous prévenir : cet article est issu des réflexions que j’ai en ce moment et que je poursuis. Il reflète ma pensée, souvent à contre-courant des titres accrocheurs que l’on a l’habitude voir sur le non verbal !

Quand j’explique ce que je fais dans la vie, enseigner et transmettre mon savoir sur la communication non verbale, la réaction des gens est souvent la même : ils me disent qu’ils vont arrêter de bouger, de peur que j’analyse le moindre de leur geste !

olga ciesco langage du corps

C’est un peu ma croix à moi, mon fardeau, sans compter que l’absence de gestes est aussi lisible que leur présence ! Mais en dehors de ça, cela montre que les gens peuvent être méfiants par rapport au non verbal qui ne sert pourtant pas à tromper ou à mettre en défaut.

Etre initié à la communication non verbale ne donne pas de super-pouvoirs

Alors pourquoi cette méfiance soudaine ? Ce blocage des gestes pour éviter d’être soi-disant pris en défaut ?

Je crois que ce qui sous-tend le thème de la communication non verbale dans l’imaginaire collectif, c’est la notion de pouvoir. Une notion que l’on retrouve à trois niveaux :

  • La personne initiée au langage corporel prendrait un ascendant, un pouvoir sur l’autre ;
  • Son interlocuteur a peur de perdre du pouvoir dans la relation en étant lu et/ou mal lu ;
  • Il pense qu’il a le pouvoir de maîtriser ses gestes pour éviter d’être dévoilé.

pouvoir communication non verbale

Je tiens à vous rassurer sur cette question : la communication non verbale, c’est utiliser quelque chose d’inné, qui est peu à peu relégué au second rang au fur et à mesure que grandit notre éducation et que l’on apprend à se servir de notre raison plus que de nos intuitions. Il s’agit d’un élément de communication au même titre que la parole, qui peut renseigner sur votre état d’esprit et vos émotions, ce qui est très utile lors d’un échange ! Elle ne permet ni de lire dans vos pensées, ni de connaître vos goûts ou vos peurs. 

Avoir des connaissances en langage corporel, ce n’est pas être un détecteur de mensonge !

Deuxième chose que j’aimerais partager avec vous : si la lecture du langage corporel ne permet pas de lire dans les esprits, les personnes initiées ne sont pas non plus des détecteurs de mensonge ambulants !

Je suis bien placée pour le dire, je collabore depuis des années avec les services de police pour détecter le vrai et le faux. En réalité, savoir quand une personne ment est un exercice très compliqué, et le non verbal est seulement un indicateur parmi d’autres pour le réaliser. C’est un faisceau d’indices qui indiquent le mensonge, pas seulement l’interprétation de tel ou tel gestes.

non verbal et mensonge

Lorsque nous échangeons, je peux sentir une retenue sur certains sujets, des non-dits qui sont  normaux et existent dans toutes relations, mais je ne suis certainement pas en train d’analyser tout ce que vous faites et dites en termes de vrai et de faux !

Mon approche du non verbal : donner de l’attention et s’ouvrir aux autres

Dans ce cas-là, à quoi sert le langage du corps ? Pourquoi l’utiliser ?

Ce que j’aimerais vous rappeler avant tout, c’est que les gestes sont une manière de communiquer au même titre que la parole : ils font partis du message et ce serait vraiment dommage de s’en priver. Ne bloquez pas vos gestes, vous ne pourrez de toutes façons pas tout maîtriser et surtout, vous occultez la moitié du message que vous voulez transmettre.

De la même façon, ne faire attention qu’au discours de votre interlocuteur, c’est vous couper de la moitié des informations qu’il vous délivre. Comme si vous regardiez la moitié de votre télévision, bizarre, non ?

Développer son attention au non verbal c’est donc comprendre à sa juste valeur chaque geste, sans sur-interprétation et sans obsession. Cela permet de devenir un meilleur communiquant en donnant plus d’attention aux personnes que vous rencontrez, en développant votre sensibilité et votre pertinence dans les relations humaines.

 

En conclusion, je voudrais vraiment vous dire de ne pas avoir peur du langage corporel, mais au contraire de redonner sa place au corps avec bienveillance, en vous écoutant et en donnant de l’attention au corps des autres. 

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4 pensées sur “Mensonge, pouvoir : et si nous remettions le langage corporel à sa juste place ?”

  1. Bonjour Olga,
    Je vous rejoins complétement dans votre article.
    Quelque soit le métier de la relation, les personnes se sentent tout de suite en danger face à nous. Pourquoi? Peur que nous découvrions leur vrai identité, la personne souffrante, triste, manipulatrice, abusée… Là, est la plus grande peur!
    Nous voulons être vu d’une certaine manière face à l’autre, face au monde et ce costume que nous avons mis du temps à fabriquer peut être découvert en quelques secondes par une experte en non verbal!!! NOOOOOON!!!
    Pour illustrer mon commentaire, j’ai eu à faire face à une personne extrêmement manipulatrice, bipolaire, défini comme pervers narcissique. Déjouer chacun de ses pièges, de ses tentatives, nous a amené à une confrontation. Il a cherché par son questionnement direct, d’un ton dure, d’un regard protégé par ses lunettes de soleil à m’impressionner. Face à mon calme, mon détachement, il me demanda si j’étais un psychiatre, un psychologue, un thérapeute… Il a été découvert.
    Comme vous le dites si bien, le language non verbal est une communication inné, perdu ou dirais-je enfui dans notre corps et esprit, remplacé par le raisonnement. Se le rapproprier c’est devenir un meilleur communicant certes mais surtout être en capacité d’être en sécurité, de savoir lire certains indices pour adapter son comportement, son intégrité face à la proposition de l’autre. Qui dit, je me sens en sécurité, dit je suis plus disponible pour échanger avec l’autre avec spontanéité et cohérence intérieure.
    Bravo pour ce que vous faites et pour vos questionnements intérieurs.

  2. Bonjour Olga,
    bravo pour ce que vous faites et bravo pour cet article qui modère quelques exagérations d’autres auteurs.
    Je connais un peu ce sujet car je travaille avec une de vos ‘collègues’ et je lui dis souvent mon désaccord avec la recherche d’un certain Mehrabian.
    J’ai publié un article sur mon blog que voici ci-dessous en extrait :

    TITRE
    Pourquoi le langage non-verbal ne fait pas 93% de la communication !
    Langage verbal et langage non-verbal
    A ce jour un nombre considérable de cabinets de formation, de managers et de commerciaux croient une règle qui leur est serinée à longueur de stages. Cette règle dit que le message non-verbal est bien plus important que le langage verbal et on avance de chiffres éloquents selon lesquels 93 % de la communication passeraient pas le non-verbal et que, donc, le pauvre langage verbal devrait se contenter des 7 % restant.
    On trouve même cela dans les croyances de méthodes telles que la Process Com, que je respecte infiniment, car elle est fort utile par ailleurs :
    « Lorsque l’on sait que 93% de ce que nous retenons d’un message vient des signaux non verbaux (voix, ton, attitudes, gestes, expressions du visage) et seulement 7% provient des mots, nous mesurons l’intérêt à connaître les codes et les signaux émis par autrui mais aussi par nous-mêmes », lit-on sur leur site.
    Je dirais par agacement que c’est vrai quand on s’adresse à nos animaux domestiques, mais pas à des humains.
    En fait des centaines de milliers de cabinets et autres coaches répètent à l’envi cette soi-disant découverte majeure, sans vérifier quoi que ce soit. Après çà comment faire confiance à ceux-là même qui sont censés nous enseigner la compréhension, et le sens critique.
    Interrogeons-nous ? D’où vient cette croyance ?
    Un certain Albert MEHRABIAN, né en Iran, Professeur émérite de l’Université de Californie, a découvert (ou inventé ?) en 1967, que 7% de la communication passait par le langage, 38% par le vocal (intonation, voix…) et le reste soit 55% par le visuel.

    – Pour lire la suite : http://www.pierreraynaud.com/2016/03/21/le-non-verbal-93-de-la-communication-un-mythe-une-supercherie/#sthash.TN8fSTgf.dpuf

    1. Bonjour Pierre,

      Merci pour ce partage. Votre commentaire montre une chose, c’est qu’il n’y a pas une chose établie à 100% mais que ce sont un ensemble d’outils qui fait la communication.
      Le verbal prend une grand part de la communication car nous accrochons aux mots puis à la posture, au charisme…
      Pour ma part, je perçois cela comme donner aux personnes des outils leur permettant de pouvoir mettre en place ceux qu’ils souhaitent ou ont besoin dans la relation à l’autre, aux organisations, au groupe.
      En tant que professeur d’arts martiaux, ayant mis en place un self-défense adapté aux femmes victimes de violences conjugales, c’est avec un ensemble d’outils ( communication non verbale, Analyse tansactionnelle, diagnostic T.O.B, Intercuturel…) plus collaboration avec le thérapeute et je me suis rendu compte que nous ne pouvons pas fermé les choses sur un axe mais plutôt être sur l’interdiscipline.
      Je confirme que ce n’est pas une découverte majeur, il suffit de regarder les enfants puis de voir comment ils sont capable de comprendre leurs parents et d’adapter leurs réponses en fonction des besoins de ces derniers.
      Pour anecdocte, mon grand frère quand il me donnait des conseils pour séduire une femme, le 1er exercice fut: « Tout est dans le regard ». Il m’a fallu presque 2 mois pour comprendre et l’intégrer car chaque vendredi en boite de nuit ou autre, je fixais mon regard, ce fameux regard « porte de l’âme ». Mon grand-frère né et grandi au Sénégal et Côte d’Ivoire, fils de mon père, arrivé à 20 ans en France m’a dit: Ici, en France, vous réfléchissez trop, pensez trop, nous avons un instinct comme les femmes, ce fameux sixième sens et il faut le développer.
      Instinct, regard, silence, observation…. tout un programme

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