Non verbal : trois de mes collaborations avec la police et leurs enseignements

 

Mon métier d’experte en non verbal m’a amenée régulièrement à collaborer avec les Bureaux d’Enquêtes, de la police et des pompiers. J’apportais mon expertise pour repérer les signes qui peuvent indiquer le mensonge, chez des témoins ou des suspects.

anecdotes policières

Ces expériences, bien que très dures humainement, m’ont aussi appris à relativiser par rapport au non verbal, à mieux cerner mes limites et à mettre en œuvre mes connaissances avec humilité.

Aussi, j’aimerais partager avec vous trois anecdotes qui apportent un éclairage différent sur la pratique de la communication non verbale, et rendre par la même occasion hommage aux personnes qui travaillent au quotidien dans ce milieu difficile.

Attention, ces histoires sont vraies, et certaines d’entre elles peuvent choquer, selon le vécu et l’expérience de chacun.

Pourquoi nous mentons

Cette première histoire, qui m’a été rapportée par un enquêteur, m’a beaucoup servi lors de mes formations auprès de ses pairs.

Lors d’une enquête de voisinage après l’homicide d’une femme dans un immeuble, les policiers trouvent que l’un de ses voisins a une attitude qui dénote par rapport aux autres. Son comportement éveille la méfiance, à travers ses paroles, mais également ses gestes, sa façon de se tenir. Plus tard, les résultats des tests scientifiques montreront que son ADN a été retrouvé partout dans l’appartement de la victime.

Le suspect idéal ? Certainement !  Mais il s’est avéré que cet homme n’était en aucun cas coupable. Il s’agissait en fait de l’amant de la victime, qui vivait avec sa femme dans le même immeuble. Lors de sa première rencontre avec les enquêteurs, il a donc préféré ne pas dire la vérité pour protéger sa vie de famille.

Ce que cette expérience nous enseigne sur le non verbal

L’enseignement dans ce premier cas est fort : ce n’est pas parce que quelqu’un ment et que son langage corporel le trahit que la cause du mensonge est connue. Un point essentiel quand on enquête sur une affaire de ce type car les raccourcis sont faciles à prendre !

Le non verbal n’est pas une preuve

vérité et mensonge en communication non verbale

Pour cette seconde expérience, j’ai participé à la reconstitution d’un incendie criminelle. Une jeune femme de 17 ans avait pris feu dans un appartement, en compagnie d’un homme d’une quarantaine d’année et d’une autre jeune fille de son âge. Le problème, c’est qu’entre la version de l’homme, de la jeune femme témoin et les éléments de l’enquête menée par les pompiers, rien ne concordait. La victime, elle, ne se souvenait de rien. La reconstitution devait donc permettre de démêler le vrai du faux.

Nous étions donc une petite trentaine dans ce petit appartement et chacun des témoins jouait son rôle, sans changer sa version. Cependant, au moment où l’appel aux pompiers a été retransmis dans la pièce, l’homme a réalisé une dizaine de gestes en quelques secondes, tous montrant qu’il était extrêmement fier. Des gestes que j’ai été la seule à noter et à enregistrer en vidéo, malgré les nombreuses personnes qui avaient les yeux braqués sur lui à ce moment-là.

Ce que cette expérience nous enseigne sur le non verbal

Plusieurs choses. D’abord, que même si nous avons tous une lecture innée du langage corporel, il faut avoir appris à l’observer et à y être attentif pour en réaliser une lecture plus fine. Dans cette petite pièce où cet homme était le centre de l’attention, je suis la seule à avoir repérer ces indices. Ensuite, que même si sa réaction n’était pas du tout en cohérence avec la situation, cela ne suffisait pas pour l’accuser : le non verbal n’est pas une preuve. Enfin, que dans cette histoire, la vérité n’a jamais été trouvée. Si mon expertise a pu aider, la connaissance du langage corporel ne fait pas toujours avancer les enquêtes.

L’absence de mensonge n’est pas la vérité

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Une autre expérience riche d’enseignements : des enquêteurs m’ont demandé de visionner la vidéo de l’interrogatoire d’une jeune fille de 16 ans qui déclarait que son père lui avait demandé de réaliser un acte sexuel. Ils ne savent pas s’ils doivent lui donner du crédit ou pas car cette jeune fille a l’habitude de mentir.

Je visionne donc l’enregistrement d’une heure, repère des signaux non verbaux, mais conclut en disant que je ne vois aucun signe ou volonté de dissimuler des faits.

Plus tard, j’ai recroisé ces enquêteurs qui m’ont donné le fin mot de l’histoire. Ils avaient en fait découvert que ce n’était pas son père qui lui avait demandé cet acte sexuel, mais son frère. Il y avait donc bien eu mensonge. Là où cela devient intéressant, c’est qu’à aucun moment dans la vidéo que j’avais visionné l’enquêteur n’interrogeait cette jeune fille sur l’identité de la personne qu’elle accusait. Jamais il ne remettait en question l’identité de l’agresseur. La jeune fille n’avait donc jamais eu à dissimuler les faits et tout ce qu’elle disait était vrai.

Ce que cette expérience nous enseigne sur le non verbal

Comme je l’ai déjà mentionné dans plusieurs de mes articles, cette histoire redonne sa juste valeur au non verbal et montre que, même s’il peut indiquer le mensonge, il doit être couplé à l’écoute et au questionnement de l’enquêteur. Il s’agit de trois piliers essentiels pour repérer le mensonge. S’il ne pose pas les bonnes questions ou part avec des idées pré-conçues, cela peut vite aboutir à des erreurs.

 

Ces expériences avec les Bureaux d’ Enquêtes ont vraiment été uniques pour moi. En plus de collaborer pour faire éclater la vérité, elles m’ont permis de définir mes limites et elles m’ont montré où était la place du non verbal. Souvent, j’ai pu aider, mais parfois, cela n’a pas suffi à résoudre les enquêtes.

J’ai choisi ces trois anecdotes pour ce premier article, mais il y en a évidemment d’autres. N’hésitez pas à me dire si cet article vous a plu, je pourrais en partager plus avec vous.

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